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 L'Histoire - Version complète

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MessageSujet: L'Histoire - Version complète   Mer 1 Aoû - 13:39


Prologue
    « 25 Décembre 1420, Enniskerry, Comté de Wicklow, Irlande.
    Je noircis aujourd'hui pour la première fois les lignes de ce journal, espérant ainsi soulager mon âme, et tenter de faire le deuil de toute cette malédiction. Il y a longtemps maintenant que j'ai cessé de croire qu'un Dieu régit ce monde. A dire vrai, j'ai été témoin de bien trop d'horreurs pour savoir qu'en réalité, il n'existe rien de beau dans ce monde. Tout est monstrueux, tout est malice et fourberie, tout est maudit...
    Alors, peut-être plus encore que le salut de mon âme, c'est une mise en garde que je cherche à transmettre au travers de ces lignes. Mais avant de vous alerter sur le danger qui rôde, il me faut d'abord commencer par vous conter l'histoire qui est à l'origine de tout ce mal...

    Cette histoire débute à la fin novembre de l'an de grâce 1379. Elle prend sa source dans le comté de Kildare, dans une petite bourgade nommée Castledermot, proche de la ville d'Athy. Dans cette région reculée, deux grandes familles se partageaient le pouvoir, si bien que ces dernières finirent par s'entremêler par d’innombrables mariages et unions perpétrés au fil des siècles. La première famille se nommait Lawson et tenait sa fortune de l'important héritage des ancêtres ayant créé la ville. La seconde était originaire d’Écosse, et s'était implantée ici depuis tellement longtemps qu'ils ont fini par faire partie du paysage : les McLangard. Les deux familles partageaient une colline verdoyante sur laquelle elles avaient implanté leurs manoirs respectifs, leur permettant ainsi de vivre comme une petite communauté qui préférait de loin se couper du village en contrebas.
    Les seules héritières de ces deux familles étaient deux jeunes femmes d'une vingtaine d'années, à la ressemblance étrangement singulière : Aillil Lawson et Findabair McLangard. Elles étaient les plus précieux trésors de la famille, et leurs parents les couvaient comme si elles étaient susceptibles de se briser à tout moment...

    C'est autour de ces deux damoiselles que cette sombre histoire tourne. Moi, Decklan Duckett, j'étais le serviteur le plus précieux des familles. J'étais là... Je sais tout. »


Extrait du journal de Decklan Duckett


Dernière édition par Director le Mer 1 Aoû - 15:10, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: L'Histoire - Version complète   Mer 1 Aoû - 13:40

Chapitre I : Transformation



La pleine lune étirait ses rayons dans la pâleur de ce ciel hivernal. Autour du petit bosquet, tout n'était que silence mystérieux, à peine troublé par la brise qui se prenait parfois à faire grincer les branches des arbres. La neige étendait un manteau de blancheur opaque qui, illuminée par l'astre lunaire en venait à brûler le regard. Perdue au milieu de cette immensité de pureté, une tâche sombre et régulière se dessinait, tout juste perturbée par la caresse du vent. Elle avançait d'un pas régulier, glissant presque sur le sol comme un spectre. A bien y regarder, c'était une silhouette féminine qui marchait là d'un pas pressé, toute encapuchonnée d'une lourde cape sombre. Nul ne saurait qui pouvait être cette inconnue, ni son histoire, ni sa destination précise, et le mystère serait resté entier si à ce moment précis...
    - AILLIIIIL ! AILLIL ATTENDS-MOI S'IL TE PLAAAIT !

Une jeune femme quitta le couvert d'un bosquet pour s'enliser dans l'épaisseur de la neige de la clairière, rejoignant la silhouette qui n'interrompit pas sa marche pour autant, ignorant royalement les supplications bruyantes de la demoiselle.
    - AILLIIIIIL, TU SAIS BIEN QUE... QUE JE …

Le souffle court, elle parvint enfin à la hauteur de celle qu'elle poursuivait. Cette dernière la coupa immédiatement avant qu'elle puisse ajouter une quelconque plainte. Elle avait l'habitude d'entendre les geignements plaintifs de sa cousine, mais cette fois c'en était beaucoup trop. Elle se retourna d'un mouvement vif, laissant sa capuche libérer sa longue chevelure blonde - aussi blonde que pouvait l'être celle de la demoiselle qui lui faisait face -, et tentait de reprendre sa respiration.
    - Est-ce que tu cherches à nous faire repérer par les loups, Findabair ? J'ai entendu dire qu'ils adoraient dévorer les jeunes filles en fleur, qui auraient tendance à un peu trop crier de leur petite voix aiguë de soprano ~

Findabair sembla interdite sur le coup, arborant une expression surprise tout en étudiant précisément le visage de sa cousine comme pour y déceler une once de mensonge. Après quelques secondes de silence, et malgré l'immobilité totale d'Aillil, la jeune fille enchérit :
    - Ha ha ha ! Tu te moques encore de moi, cousine ! C'est très vilain !

Elle avait pris le ton léger de la réprimande, celui qu'on employait avec les petits enfants qui n'étaient pas sages. Mais au fond d'elle, elle savait qu'Aillil ne riait pas. Sa sombre cousine était ainsi, et la gaieté et l'enthousiasme qu'elle-même pouvait bien avoir à son égard n'y changerait rien. C'est finalement avec un sourire amusé, qu'elle devança sa cousine et prit la tête en trottinant. Un soupir déchira le silence, tandis qu'Aillil suivit après avoir levé les yeux au ciel, agacée par le comportement trop excessif de Findabair.
    - Find'... ? Si tu cessais de faire des cachotteries, et que tu me disais enfin où tu souhaites m'emmener... ?

Toute heureuse d'avoir enfin attirée l'attention de sa cousine, la principale intéressée en profita pour laisser entendre son rire cristallin, et d'ordinaire communicatif.
    - Non, non, non ! Chantonna-t-elle gaiement.

Étant donné que sa cousine n'en démordrait pas, Aillil se mura à nouveau dans son silence habituel. Quoi que Findabair mijote, elle doutait que cela soit à son goût. Il était d'ailleurs très rare que les deux cousines se rejoignent sur un quelconque sujet. Elles étaient définitivement trop différentes... Déjà, les quelques lumières du village en contrebas de la colline abritant leur manoir familial filtrait au travers des arbres dénudés par la rudesse de l'hiver.


***

Le village était à peine à une centaine de mètres, si bien qu'Aillil s'attendait encore à ce que Findabair décide de l'attirer dans une de ces tavernes puantes qui sentait la transpiration et les relents d'alcool. Elle ne comprenait pas cette passion qu'elle nourrissait pour les petites gens, et à l'inverse, Findabair n'arrivait pas à déterminer pourquoi Aillil avait une telle aversion pour la vie en société. Contre toute attente, c'est néanmoins avec un petit sourire malicieux que la jeune fille quitta le sentier principal, et s'enfonça dans le sous-bois qui bordait les premières habitations. Intriguée, Aillil marqua d'abord un temps d'arrêt, avant de continuer à suivre sa jeune cousine, relevant un peu ses jupons pour qu'ils ne s'écorchent pas dans les ronces. Elle garda le silence, mais une seule question lui brûlait les lèvres, la même depuis qu'elles avaient quitté le manoir : que mijotait donc cette petite péronnelle... ?

Après dix bonnes minutes à travers bois, elles arrivèrent enfin devant un sinistre cabanon, dont la cheminée crachait une épaisse fumée grisâtre qui paraissait noire et toxique dans cette rude atmosphère. Findabair trottina les derniers mètres qui la séparaient de l'entrée de la bâtisse, puis elle toqua avec entrain. Immédiatement, les gonds de la porte grincèrent pour laisser apparaître un homme bien trop grand pour l'encadrement, à la barbe noire comme l'ébène dans laquelle s'entremêlait ses longues mèches grisâtres. Il était recouvert de peaux de bêtes, et son regard lunaire aurait fait tressaillir le chevalier le plus courageux. Arquant un sourcil, il fixa les deux jeunes filles tour à tour, puis bougea son imposante carcasse pour les faire entrer. Si Findabair n'hésita pas une seule seconde pour pénétrer dans l'antre d'où émergeait la chaleur d'un bon feu de bois, Aillil quant à elle, émit quelques doutes... Pourtant, elle se décida à suivre sa cousine, préférant ne pas la laisser seule en compagnie de cet étrange bonhomme.
L'intérieur de la maison n'était pas différent de ce qu'on pourrait imaginer en entrant dans la tanière d'une sorcière, mais il s'y ajoutait également une étrange puanteur qui fit grimacer Aillil. Sa douce cousine alla directement s'asseoir autour d'une table derrière laquelle trônait une imposante chaise ainsi que deux petits tabourets d'osier. Visiblement, elle connaissait bien les lieux, et il semblait que les deux demoiselles y soient attendues...
    - Je vous attendais plus tôt, très chères...
    - Il m'a fallu du temps pour convaincre ma cousine de me suivre ! Toutes nos excuses...

Le vieillard alla s'installer sur son trône improvisé, tandis que de l'autre côté, Findabair avait son regard azur rivé sur la silhouette sombre de sa parente. Cette dernière semblait hésiter, se demandant encore à quoi rimait toute cette mascarade. Finalement, ses pas légers firent craquer le bois usé du cabanon, tandis qu'elle s'installa à côté de Findabair.
    - Si vous me disiez ce qu'on fait ici, maintenant... Son regard troublant passa de l'un à l'autre des interlocuteurs, aucun des deux ne se décidant à briser le silence des lieux, à peine troublé par le crépitement de l'âtre. L'homme fixa la blonde avant d'appuyer ses étranges iris vers sa cousine, l'invitant à répondre à la question préalablement posée.
    - Eh bien... Toi mieux que quiconque sais ce qui nous lie à Allistair et Aoden… La jeune fille marqua un temps d'arrêt pour fixer un point au hasard, vers le sol, puis elle enchaîna en répétant d'un seul bloc ce qu'elle avait à dire, de peur d'être interrompue ou de flancher en cours de route. Ils ne sont pas comme nous, et Dieu seul sait que jamais nous ne leur survivrons s'ils s'entêtent à refuser de faire de nous des membres à part entière de leur communauté... Jamais nous ne serons leurs égales, et ce en tout point ! Et pourtant nous les aimons... Je sais que tu aimes Aoden ! Même si tu ne le montres pas...
    - Ou veux-tu en venir, Find' ! Trancha Aillil, que la tournure de la conversation commençait à mettre mal à l'aise.
    - ...J'ai trouvé le moyen de rester à leur côté pour toujours, grâce à Ser Galvinus ici présent…

La nouvelle jeta un silence de mort dans la pièce, comme si le temps s'était arrêté et que seul cet étrange homme du nom de Galvinus pouvait le réanimer, lui et tous les sons qui en découlait habituellement. Alors que l'incompréhension mêlée à la surprise figeaient les traits fins et réguliers d'Aillil, l'imposant personnage quitta son siège pour aller chercher quelque chose vraisemblablement conservé dans une des quelques étagères du lieu.
    - Que signifie tout cela Find' ! Tu deviens complètement folle ! Tu ne connais même pas cet homme, il pourrait très bien être un brigand, et son allure ainsi que sa stature ne démentent en rien cette théorie... Chuchota la jolie blonde à sa voisine.
    - Calmes-toi Ailil ! Tu verras, je te promets que cela va changer notre vie... Elle va la rendre meilleure, crois-moi !

Aillil n'eut pas le temps de répondre car déjà, l'homme revint, arborant toujours ce même air impassible et intimidant. Il posa deux fioles opaques, une devant chacune des demoiselles, puis reprit sa place initiale en joignant ses longs doigts crochus, finissant par les croiser tout en observant les deux jeunes filles. Findabair, les yeux pétillant d'excitation, s'empara de sa fiole pour l'observer sous toutes les coutures, espérant peut-être découvrir le secret qu'elle renfermait. Aillil, un brin plus sur la réserve, se contenta de fixer la petite bouteille.
    - Avant de boire... Vous devez vous acquitter de vos dettes, Mademoiselle...

Une de ses mains crochues se tendit vers Findabair, puis immobile, il attendit une quelconque réaction. Comme si elle venait de se souvenir d'un détail primordial, la jeune fille fouilla sous son jupon et dégota une bourse clinquante et pleine à craquer de pièces d'or qu'elle posa lourdement dans la large main du commerçant. Satisfait, celui-ci reprit sa position initiale, dissimulant le sac dans un tiroir avant d'inviter les damoiselles à poursuivre le rituel. Findabair déboucha sa fiole dont émergea un mystérieux et mince filet de fumée blanchâtre, avant de libérer une odeur des plus irrésistibles. Trop irrésistible pour être réelle... Humant le parfum, elle s'apprêta à porter le goulot à ses lèvres quand la main de sa cousine la stoppa dans sa progression.
    - Ne fais pas ça Find', c'est une folie !

Pour toute réponse, Findabair lui fit un sourire rassurant avant de boire d'une traite le contenu de la fiole. Pendant un instant, elle sourit encore, prise d'un indicible bien-être alors que le liquide coulait dans ses entrailles, propageant dans ses veines une douce chaleur.
    - Ailil... C'est... Merveilleux ! Je me sens si bien, je...

Mais la sensation de bonheur que procurait le breuvage fut d'une bien trop courte durée. Bien vite, la douce chaleur se transforma en un brasier insoutenable, plantant des aiguilles de feu dans les pores de la jeune fille qui se recroquevilla sous la douleur. Les soupirs de plaisirs laissèrent place nette à des cris d'horreur, tandis qu'Aillil se ruait sur sa cousine, sans comprendre ce qu'elle vivait.
    - Mon Dieu... Mais qu'avez-vous fait !

Son intransigeant regard océan se posa sur Galvinus qui s'était levé et se tenait maintenant devant les jeunes filles plaquées au sol, sans qu'elle s'en rende compte. Presque implorante, elle lui hurla de l'aider, mais en vain. L'homme avait déjà prévu une toute autre tournure à cette machiavélique entrevue. En silence, il prit la fiole destinée à Aillil et s'empara du bras de cette dernière avec une poigne impressionnante, la forçant à se caler tout contre lui sans bouger. Impuissante, la jeune fille tenta de se dérober sans y parvenir, sentant la fatigue la gagner bien trop vite.
    - Mais lâchez-moi ! NON ! NOOON !
    - Le contrat doit être honoré... Mademoiselle... Murmura-t-il de sa voix toute droit sortie des entrailles de la terre.

La dernière chose qu'elle vit fut les yeux terrifiants de l'inconnu, et la fiole qui effleura ses lèvres avant de déverser son poison dans sa gorge irritée par les cris de peur, de rage, et de tristesse confondues.


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MessageSujet: Re: L'Histoire - Version complète   Mer 1 Aoû - 13:40

Chapitre II : Trahison



    - Il me semble qu’elles reprennent tout doucement connaissance, messieurs…
    - Fort bien ! Pouvons-nous les voir ?
    - Hm… Dans vos intérêts à tous les deux, messieurs, il serait plus sage de les laisser d’abord émerger. Les dames n’aiment guère se montrer aux hommes lorsqu’elles sont en situation de faiblesse. J’ai dit à la servante qui les surveille de vous faire appeler lorsqu’elles seront présentables…

Ce refus de la part du medicus sembla déplaire au plus haut point à Allistair, tout à fait disposé à fracasser le crâne chauve de l’homme contre le mur de pierre. Aoden, en grand conciliateur qu’il était, parvint néanmoins à adoucir les pulsions meurtrières de son ami, se contentant de lui apposer la main sur l’épaule avec la plus grande empathie. Il ne voulait pas créer d’esclandre, encore moins lorsqu’il s’agissait de leur deux promises. D’autant plus qu’il savait parfaitement la violence dont pouvait faire preuve son congénère… Bien qu’elle s’avère parfois utile, Aoden abhorrait sincèrement tout ce jeu de sauvagerie qui était maintenant la panacée de bien des vampires pour arriver à leurs fins. C’est sans doutes, par ailleurs, ce genre de conduite, qui les mènera tous irrémédiablement à leur propre perte ~.
    - Nous ferons selon vos conseils avisés, medicus… Nous avons pris l’initiative de faire préparer votre chambre pour la nuit, inutile de repartir sous la tempête de neige, l’informa Aoden avec son sourire le plus charmeur.
    - Je vous remercie, vos seigneuries… Est-ce-que… Les parents vont arriver cette nuit ?
    - Nous leur avons envoyé un messager, mais ils ne se déplaceront sans doute que lorsque le temps sera plus clément pour le voyage…
    - Lord Lawson est trop souffreteux pour se le permettre ~
    , ajouta Allistair d’un ton à la fois condescendant et hargneux, comme si la nouvelle l’amusait mais l’agaçait en même temps.
    - Je… vois, oui. Eh bien, je vais moi-même prendre un peu de repos, bonne nuit…

Le vieil homme s’inclina autant que son dos usé le lui permettait, puis il fila dans le couloir de l’imposante demeure de ces deux seigneurs, en compagnie d’une de leurs servantes. Depuis qu’il était entré ici, il était pris d’une violente chair de poule, et cette sensation s’amplifiait d’autant plus lorsqu’il était en présence des maîtres des lieux. Ils étaient étranges… D’un genre inhumain…. Leur perfection semblait telle, qu’ils paraissaient irréels de beauté et de charme. Sans nul doute que le serpent à l’origine de la tentation du Péché Originel devait avoir des traits comparables aux leurs. Ils paraissaient capables de plonger n’importe quel être vivant dans une profonde démence, ou dans un état de béatitude éternel. Mais pour ce qu’il en savait, les comtes Allistair et Aodan MacKenna étaient deux frères, venus des tréfonds de l’Ecosse septentrionale, et ayant hérité de la demeure somptueuse par un obscur cousin dont tout le monde dans le comté ignorait l’existence jusqu’à leur subite apparition dans la région. Pour les locaux, ils n’étaient que des étrangers, mais des étrangers riches et généreux, ce qui leur valait d’avoir beaucoup d’amis, intéressés ou non…
 

***
 
Allistair s’engagea dans la pièce en faisant claquer la porte derrière son condisciple qui alla s’installer calmement dans un fauteuil près de l’âtre. Il ne comprenait pas comment Aoden pouvait rester aussi stoïque face au malheur qui venait d’assaillir sa belle. D’une certaine manière, elle avait été souillée, empoisonnée de la pire manière qu’il soit, et voilà qu’il agissait comme le parfait maître de maison. Tentant vainement de le faire réagir un tant soit peu, il attrapa un des poignards de chasse qui ornait le mur de pierre grisâtre et l’envoya rageusement voler vers le vampire qui était assis, buste en avant, coudes appuyés contre ses cuisses, son regard bleuté perdu dans les flammes tourmentées. De justesse, Aoden s’enfonça dans son siège assez tôt pour éviter la coupure de la lame, mais il n’en perdit pas son flegme pour autant, son visage s’ornant même d’un petit sourire amusé.
    - Ton sang-froid m’épate, cher ami ~, ironisa Allistair.
    - Je ne puis malheureusement en dire autant du tien, Allistair …

Ce dernier serra vivement les mâchoires en se mordant la langue jusqu’à ce qu’elle saigne. Il avait besoin de se nourrir. Ils en avaient tous deux besoin d’ailleurs, mais le triste évènement qui avait amené Aillil et Findabair en ces murs avait tout du moins interrompu leur petite partie de chasse, un peu plus tôt dans la nuit.

Il se souvint encore du doux parfum fleuri qui émanait du sous-bois, s’imaginant déjà la chaleur de cette proie idéale qu’il aurait plaisir à terroriser entre ses bras. Mais Aoden avait tôt fait de le ramener à la réalité. C’est ensemble qu’ils trouvèrent les deux corps inanimés des deux beautés blondes, allongés dans la neige au milieu de nul part, trempées jusqu’aux os, si bien que leurs chevelures se recouvraient d’un givre presque irréel. Elles semblaient mortes, tant leur peau était d’une pâleur cadavérique, mais lorsqu’Allistair avait pris dans ses bras le corps frêle de Findabair, il avait senti son cœur battre à tout rompre à ce simple contact. Non… Elles n’étaient pas mortes, mais ce qu’elles étaient devenues étaient peut-être bien pire.
    - Franchement, Allistair, je n’vois pas ce que je pourrais faire de plus, mis à part attendre.

Usant des pouvoirs que sa race lui conférait, Allistair parcourut avec une vitesse époustouflante les derniers mètres qui le séparaient de son compagnon pour se figer juste devant lui, le fustigeant de son étrange regard doré qui filtrait au travers des quelques mèches sombres barrant son visage impassible.
    - C’est de ta faute si elles en sont arrivées là ! Enfin, Allistair sembla capter un semblant de surprise et de colère mêlées dans les orbes azures de l’autre vampire. Toi et ton refus constant d’en faire des nôtres !
    - Elles ne méritaient pas de devenir des monstres ! s’emporta soudain le blond charismatique.
    - Ah, selon toi elles méritaient amplement ce sort-là ? rétorqua le grand brun, ses doigts agrippant plus fermement les accoudoirs du fauteuil. Aoden parut réfléchir un instant à la réponse adéquate à formuler, puis il ajouta dans un soupir:
    - Non… Mais ce qui est fait, est fait, et je ne pense aucunement qu…

Un cri à faire frémir les morts fit écho dans la maisonnée toute entière, mettant fin au petit pugilat des deux hommes qui quittèrent immédiatement la pièce pour rejoindre la chambre attribuée aux deux cousines. La porte de ladite chambre s’ouvrit à la volée, avant même qu’ils l’atteignent, comme si elle avait été mue par une étrange magie. Puis les deux créatures nocturnes s’engouffrèrent dans la pièce, s’arrêtant médusés devant le spectacle qui s’offrait à eux. Telle une furie sortie des tréfonds de la mythologie antique, Aillil se tenait à califourchon sur le corps de sa douce cousine, une lame d’acier lustrée qu’elle s’acharnait à planter sans relâche dans le ventre baignant de sang de Findabair qui se cachait les yeux derrière la paume de ses mains en hurlant et en pleurant de désespoir. La servante chargée de s’occuper d’elles était prostrée dans un coin de la pièce en s’époumonant d’horreur.

C’est avec un temps de réaction un peu tardif qu’Aoden et Allistair se jetèrent sur les jeunes filles, l’un désarmant la première, l’autre analysant les blessures de la seconde. Déchaînée, Aillil se débattit comme une diablesse dans la poigne inébranlable des bras de son fiancé. Son visage déformé par la colère, strié de petits sillons de larmes, elle hurla en s’adressant à sa cousine.
    - Je te déteste ! Je n’te pardonnerai jamais ! Tu entends Findabair ! JAMAIS !

Bien vite, elle abandonna tout espoir de se défaire de l’étreinte d’Aoden, et se laissa simplement aller contre lui en pleurant à chaude larme. Allistair emporta sa belle loin de sa cousine, de peur qu’il lui reprenne l’envie de la tuer encore une fois. Ce jeu morbide pourrait bien continuer éternellement, aucune des deux ne succomberait à l’autre, malgré la douleur que cette brutalité engrangerait. De ce fait, bien qu’inerte entre ses bras, le délicieux corps encore chaud de son amante reprenait doucement sa vitalité habituelle. Il faudrait certes un peu de temps, mais tous les tissus dévastés, les organes endommagés et les muscles saccagés commençaient déjà à se reconstruire d’eux-mêmes, emportés par une magie ancestrale et divine que les deux vampires ne parvenaient pas encore clairement à comprendre. Ils savaient juste qu’à présent, pour les deux demoiselles, la mort n’était plus une solution…


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MessageSujet: Re: L'Histoire - Version complète   Mer 1 Aoû - 13:41

Chapitre III : Malédiction et Sanction


La théière tremblait faiblement entre les doigts de la servante, faisant tinter sa porcelaine contre celle des tasses finement décorées de motifs de chasse. C’était le seul bruit que l’on pouvait discerner dans le boudoir de ces dames, jusqu’à ce qu’un soupir, suivi d’un gémissement plaintif se fasse entendre à l’étage au-dessus. Chez les McLangard, le thé de dix-sept heures était une tradition ancestrale qu’ils n’avaient pu se résoudre à abandonner, même dans ce rustre pays irlandais.
    - Écoutez Lizzy, si vous n’êtes pas fichues de faire cela convenablement, je préfère encore le faire ! Laissez-ça et allez-vous-en !

La sévère Camillia McLangard lançait à sa servante un regard sans équivoque. Cette dernière retint assez longtemps ses larmes pour reposer la théière sur la table et s’en alla en courant, laissant ainsi les deux ladies seules avec pour unique compagnie le silence environnant. Comme tout le monde dans cette maison, Martha Lawson s’efforçait de ne pas entendre les cris de détresse que poussait la jeune femme dont la chambre à coucher était malheureusement située juste au-dessus du boudoir de ces dames. Un nouveau soupir de lassitude s’extirpa des lèvres de Camillia, alors qu’elle servait à son invitée une tasse bien pleine.
    - Nous ne savons plus quoi faire, ma chère…  Notre douce Findabair souffre le martyr chaque mois, elle devient méconnaissable ! Nous avons tout essayé pour la soulager, mais rien y fait… ajouta-t-elle avec tristesse.
    - …Nos filles sont les victimes d’une malédiction, Camillia ; répondit Martha d’un murmure à peine audible ; Du moins c’est ce qui se clame partout maintenant dans le Comté… Certains pensent même qu’elles apporteront le malheur dans la région et pour tous ceux qui y vivent…
    - Balivernes ! Je ne supporterais pas un tel déshonneur ! La lady McLangard  prit son visage dans les paumes de sa main, soudain prit d’un accès de faiblesse. Quelques secondes plus tard, elle parvint à se reprendre et s’empara de sa tasse comme si de rien n’était. Nos époux trouveront un moyen, j’en suis persuadée…

Son invitée n’ajouta rien de plus à cette affirmation. Elle était elle aussi accablée de chagrin par ce qui arrivait à Aillil, sa propre enfant, mais elle commençait, que Dieu la pardonne, à penser comme tous les habitants du comté. Les deux cousines étaient pourchassées par une terrible malédiction qui attaquerait sans doute tout leur entourage si l’on n’agissait pas rapidement. Mais quelle était la chose la plus sage à faire… ? Certains parlaient de les tuer. D’autres  suggéraient de détruire la source de tout ce malheur qui, indéniablement, demeurait en la personne de ces maudits McKenna. Ils étaient trop étranges pour ne pas être intimement liés à toute cette histoire. Martha étaient de ceux qui croyaient à cette hypothèse. Elle n’avait jamais accepté cet attachement qu’avaient les deux jeunes femmes avec ces hommes, et encore moins leur union trop hâtive. Mais son époux, comme celui de Camillia, avait jugé l’association prometteuse, au niveau financier. Voilà ce qu’ils récoltaient, à présent, à s’acoquiner de la sorte avec le diable en personne… Le malheur et la maladie.  
    - Vous avez raison… Ils trouveront le moyen le plus approprié d'en finir… Elle s’empara d’une des mains de son amie qu’elle serra avec compassion. Car oui, il fallait en finir, se détacher de tout cela, et ce quoi qu’il en coûte, malheureusement… 


***

La lune formait un cercle rouge orangé majestueux au-dessus des montagnes irlandaises, annonçant le sang qui devait être versé ce soir. Les villageois armés de fourches et torches flamboyantes et guidés par les deux Lord McLangard et Lawson majestueusement hissés sur leurs deux hongres alezans et noirs, s’avançaient sur la pente escarpée qui menait à la demeure auréolée de ténèbres des McKenna. Il était temps de faire payer à ces démons ce qu’ils avaient fait aux deux enfants du pays, les deux anges qui cette nuit même étaient encore en proie à d’atroces maux totalement incompréhensibles. Ils pénétrèrent dans l’enceinte de la demeure par l’imposant portail grillagé grand ouvert aux intrus, et s’attelèrent à forcer les portes en chêne massif de la maison. Mais celles-ci s’ouvrirent d’elles-mêmes alors qu’ils en touchèrent à peine le bois rugueux. La crainte s’empara même des plus téméraires. Quelle magie noire abritait donc ce lieu maudit ? A l’intérieur, toutes les lumières avaient été éteintes et les murs grisâtres conféraient à l’endroit une atmosphère ténébreuse et étouffante. Les villageois s’aventurèrent dans l’antre des vampires, se séparant en petits groupes pour couvrir plus de pièces. Mais malgré leur recherche active, ils ne trouvèrent rien. La demeure était vide, comme si depuis tout ce temps, elle n’avait abritée que des fantômes. La plupart des meubles étaient recouverts de draps blancs, les lits n’étaient même pas défaits, la cuisine ne contenait aucun aliment frais et les chandeliers semblaient être inutilisés depuis longtemps.  Personne… La demeure n’abritait que des souvenirs…
 

***
    - C’est la seule chose à faire, je crois. Nous avons tout essayé et voilà que le malheur commence à s’abattre sur la région tout entière. Regardez les récoltes de l’an dernier !
    - Déplorables, en effet… Mais n’est-ce pas un peu trop barbare… ? Ce sont nos filles, que diable !
    - Personne n’en saura rien… Personne, pas même nos femmes. Aux yeux de tous, Aillil et Findabair auront enfin succombé aux tourments qui les accablaient, et auront emporté la malédiction sur leur lit de mort …

Lawson sembla hésiter un instant, regardant les doux visages endormis des deux jeunes filles allongées négligemment à même le sol crasseux. Cet endroit était sombre et sentait le rance et l’humidité. L’odeur de l’oubli et de la tristesse. Cela correspondait parfaitement à ce qu’ils souhaitaient. Le vieux Kallaan Duckett, et son jeune fils Decklan étaient occupés à percer les murs de chaque extrémité de la pièce secrète enfouie au fond du manoir. Là, ils se débarrasseraient des corps des deux beautés, et avec elle la malédiction qui avait commencé à s’étendre sur la région. Elles ne leurs feraient plus aucun mal, jamais. Du moins c’était ce que pensaient les deux Lords qui osaient à peine regarder le morbide travail effectué par leurs serviteurs. Les deux anges immortels dormaient paisiblement, ne se souciant aucunement de ce que le sort leur réservait. Elles avaient été droguées avant le couché, pour permettre un voyage silencieux et ne pas alerter toute la maison. Ici, elles ne se feraient plus de mal, et elles cesseraient d’en faire aux autres, pour l’éternité. On les plaça chacune dans les tombes qui avaient été aménagées pour elles, puis on les emmura pour que jamais personne ne vienne troubler leur repos. Triste sort pour deux jeunes femmes qui n’aspiraient qu’à vivre la passion et l’amour auprès de deux Maîtres de la Nuit…


Dernière édition par Director le Mer 1 Aoû - 15:07, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: L'Histoire - Version complète   Mer 1 Aoû - 13:41

Epilogue
    « Voilà toute l’histoire terrifiante de ces deux familles frappées par le malheur. Dès que les jeunes filles furent transférées ici, dans le manoir d’Enniskerry, le comté de Kildare fut épargné de toutes les famines et de toutes les catastrophes. Nous n’avons plus jamais entendu parler des deux Lords McKenna. Ils ont disparus aussi simplement qu’ils étaient apparus ici, sans laisser de traces. Ont-ils seulement existé. Avec les années, je me suis demandé si toutes cette histoire n’avait pas été que pure invention ? Mais non… Je le sais quand j’entends chaque nuit avant que le sommeil m’emporte, les hurlements indistincts de deux femmes ; deux fantômes du passé. Ma famille a été chargée de surveiller le manoir, et je n’ai pas dérogé à cette tâche, ce même lorsque mon père nous a quitté. Maintenant, je sens la Mort venir pour moi. Elle toquera bientôt à la porte du manoir pour étendre son souffle froid et morbide sur ma carcasse. Ce qu’il reste de ma vie est dans ce journal. Je l’offre à mes descendants pour qu’ils continuent à faire perdurer la tradition, afin que jamais, la malédiction ne réapparaisse.

    A ceux qui liront mon journal, je vous en conjure, ne tentez jamais de retrouver les deux jeunes femmes enfouies. Faites toujours en sorte que le manoir reste entre les mains de la famille Duckett, pour qu’aucune ombre ne vienne planer sur ce lieu empli de sombres mystères… »


Extrait du journal de Decklan Duckett

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