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 - Come What May

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Warren Delaney


AILLIL ; vampires aidant le clan Aillil.
AILLIL ; vampires aidant le clan Aillil.
Masculin Messages: 17
Entry date: 15/01/2012

MessageSujet: - Come What May   Mar 31 Jan - 21:44

Et le vent porta au loin les cendres d'une bribe de son passé.

Sans même adresser un regard à ces poussières argentées, le monstre s'avança, et alors que sa main gauche soutenait son seul bagage regorgeant de trésors bien modestes, sa jumelle se porta contre la ferraille froide de la grille imposante de l'entrée. Les gonds de ce portail ne manquèrent pas de grincer désagréablement et ce son ne fit pourtant qu'étirer les lèvres du Vampire en un sourire léger. Cette mélodie patibulaire par bien des fois écoutée, rappelait au pantin des scènes similaires de son humble vécu et parmi celles-ci, entre autre chose, sa dernière arrivée au manoir familial. Il se revoyait encore passer ces grilles et parcourir, de sa nonchalance habituelle, l'allée interminable qui menait au sinistre château. Du moins le voyait-il de la sorte, sa perception ayant peut-être été altérée au fil des siècles. L'académie avait un air plus accueillant, néanmoins, elle ne demeurait, pour ce fantôme tourmenté, qu'une prison de plus à hanter. C'est d'ailleurs ce qui expliquait sans doute en partie le sourire que revêtait son masque et qui faisait chanceler la cigarette dont il se délectait depuis quelques minutes. Si la paresse ne découlait pas de chacun de ses pas, il aurait pu paraître anormalement sûr de lui, insolent même, alors qu'il n'était plus là qu'un simple surveillant.

Le hasard voulut que le vampire en ait terminé avec sa barre de nicotine à la seconde même où il pénétrait les lieux, mais cette chance éhontée ne lui survivrait sans doute pas, et avant même qu'il ne puisse le réaliser, Warren serait sans doute voué, un jour prochain, à déclencher une quelconque alarme susceptible de créer la panique dans l'enceinte de la bâtisse. D'ailleurs, ces mêmes lieux lui paraissaient anormalement calmes et quand bien même il ne s'en plaignait nullement, il avait quelques doutes quant à la pérennité du silence. A cette réflexion d'ailleurs, ses yeux s'égarèrent sur la montre enserrant son poignet et des lèvres du Vampire, s'échappèrent un soupir. Le premier, depuis son arrivée. Loin d'être le dernier cependant. Sa montre affichait en effet 9h20, ce qui lui laissait bien peu de temps pour signaler son arrivée, aller ranger ses affaires et trouver la salle de celle pour qui il avait fait tout ce chemin. Tout du moins, était-elle une partie de la raison qui l'avait poussé à s'arracher si difficilement à ses habitudes. Quoiqu'il en soit, le pantin s'articula lentement dans les couloirs et par le biais de quelques indications éparses, il parvint à atteindre son but. La zone administrative de l'académie était bien la plus active en l'instant, ou c'était au moins le lieu où il avait vu le plus de monde jusqu'alors.

Après s'être présenté à une femme un tantinet âgée mais qui, il n'en doutait pas, avait dû être d'une exquise beauté dans sa jeunesse, Warren dut s'occuper de quelques papiers tout en répondant occasionnellement aux questions qu'on pouvait bien lui poser. Une fois les formalités administratives terminées, le pantin put rebrousser chemin et une fois sa chambre désignée, il put s'en retourner à son errance habituelle. Les couloirs étaient plutôt spacieux, et assez éclairés ; à nouveau, c'était une chose qui différenciait l'académie du manoir familial, mais une fois encore : le pensait-il. Avec un peu plus de mal que la prouesse passée lors de la découverte de l'administration - signe que la chance lui faisait d'ores et déjà faux bond -, l'ombre finit néanmoins par trouver la chambre qui lui avait été assignée, avant d'y pénétrer non sans une once de scepticisme. Là, ne demeuraient aucuns doutes, et sa perception n'était en rien responsable de quoi que ce soit : la chambre était beaucoup plus claire que celle qu'il possédait par le passé, et il faut bien avouer que cela lui déplaisait fortement. Nouveau soupir, et le Vampire se contenta de poser sa valise sur le lit tout en quittant déjà les lieux, songeant alors à ce qu'il pourrait bien faire pour changer cette chambre en antre.

C'est en parcourant les couloirs, mains dans les poches, que le monstre posait son regard sur chacune des salles de cours dans le but de trouver celle tant recherchée. La femme qu'il avait croisé à l'occasion de sa halte administrative s'était montrée utile en réagissant au nom de Warren. Tout du moins, à son nouveau nom : Delaney. Dans la seconde, les questions fusaient sur Rinda et la femme jugea bon de donner à Warren la salle que la belle occupait afin qu'il puisse la surprendre, si le cœur l'en disait. Une fois encore, et quand bien même il n'avait pas jugé utile de parler pour se faire, le monstre s'était contenté d'un sourire en retour et ne l'avait remercié qu'en quittant la pièce. Fidèle à lui-même, le Vampire se figea simplement lorsque ses yeux détaillèrent la salle 109. Immobile au milieu du couloir, sa respiration n'entamait pas même le silence des lieux. C'était d'ailleurs la posture dans laquelle il excellait lorsqu'il chassait : ainsi figé dans l'ombre, son allure avait, apparemment, raison du peu de contenance de ses proies et les poussait à fuir, quoi qu'il leur en coûte.

Tout naturellement, c'est avec le sourire aux lèvres que le Vampire s'adossa au mur au-delà duquel sa cousine enseignait. La tête sensiblement penchée en arrière, il se plaisait à fermer les yeux et à percevoir les sons qui pouvaient bien s'échapper de la pièce. A n'en pas douter, la demoiselle faisait régner l'ordre impeccablement, au moins dans le cadre de ses heures de cours. Pour ce qui était du reste, Warren était bien curieux de la voir évoluer parmi les élèves, ou même au sein des autres professeurs, que ceux-ci soient Vampires ou humains, d'ailleurs. Les minutes défilèrent au cours desquels le monstre eut tout le loisir de s'imaginer quelque partie de chasse au travers des couloirs, la nuit tombée, et c'est à peine s'il ne sentait pas d'ores et déjà le sang des élèves parcourir sa gorge. Visiblement, il lui était interdit de tuer qui que ce soit mais parviendrait-il seulement à se modérer ? Il n'était pas dans les habitudes du pantin de ne pas profiter à outrance. Bien vite pourtant, la sonnerie annonçant la fin des cours vint l'arracher à ses tranquilles réflexions et l'animation se souleva dans la salle de classe.

Progressivement, les portes s'ouvrirent, déversant dans les couloirs des flots d'étudiants plus ou moins intéressants. Jusqu'alors, Warren leur portait un intérêt moindre : il se contentait de les observer vaguement lorsque ses beaux yeux daignaient se déposer sur leurs minois, et les détournait indifféremment d'élèves en élèves, qu'il s'agisse de garçons ou de filles. Son attention fut toute retrouvée pourtant, lorsque la porte de la salle de Rinda s'ouvrit. Un soupir lui échappa alors qu'il posait sur chacun des élèves, ses iris émeraudes. Peut-être qu'inconsciemment, il étudiait là les différentes proies qu'il aurait à corriger ou éliminer pour l'attention toute particulière que sa cousine pouvait bien leur porter. Ce n'est toutefois pas en un passage que le monstre allait tous les mémoriser et il avait beau être un bien bon observateur, tous ces visages ne s'incrusteraient décemment pas en sa mémoire frivole.

Lorsque le dernier élève s'extirpa à l'influence de sa belle cousine, l'ombre se faufila dans la pièce, sourire aux lèvres. Sans un bruit, comme à son habitude, il referma la porte derrière lui et s'y adossa en dardant ses iris sur le professeur. Un professeur... Il avait encore bien du mal à se l'imaginer. Néanmoins, la belle n'avait pas changé, peu important le métier qu'elle était bien susceptible d'exercer. Warren n'eut ainsi aucun mal à reconnaître la chevelure blonde de la jeune femme, son style, son attitude simplement. Satisfait par ce qu'il voyait peut-être, à moins que le jeu n'ait déjà commencé, le Vampire ferma lentement les yeux et se contenta d'un sourire en coin alors que l'une de ses mains délaissait son dos pour réajuster son écharpe. Les réactions de la jeune femme à sa vue ? Il n'en avait strictement aucune idée. Ou tout du moins, il savait qu'elle ne sauterait pas de joie et n'exprimerait pas ouvertement une allégresse jusqu'alors inconnue.

    - Bonjour, très chère cousine.

Mécaniquement, la tête du vampire se pencha sur la droite et ses paupières se soulevèrent à nouveau, dévoilant ses iris d'ores et déjà dardées sur la silhouette de la belle.

Non, il n'avait aucune idée de la réaction qu'allait avoir sa cousine ; et pourtant, il s'en délectait déjà.
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Rinda Delaney


AILLIL ; vampires aidant le clan Aillil.
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Féminin Messages: 30
Entry date: 15/01/2012

Quels secrets caches-tu ?
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MessageSujet: Re: - Come What May   Mar 28 Fév - 21:44

Le silence était presque palpable dans la salle de classe, si bien qu’un curieux se promenant dans le couloir en serait surpris d’y trouver, en poussant la porte, une classe de 3ème année composée de ses 20 élèves. Etait-ce bien une salle de musique ici ? A vrai dire, seul le piano à queue qui trônait majestueusement sur une estrade au fond de la pièce attestait effectivement de ce fait. A part cela, les étudiants avaient pour la plupart le nez plongé dans leur copie d’examen, grattant inlassablement sur le papier jusqu’à ce que l’encre manque à leur plume. D’autres rêvassaient en fixant distraitement le paysage matinal au travers de la fenêtre. D’autres encore semblaient en pleine réflexion, le regard figé sur un point quelconque et insignifiant dans la pièce. Vraisemblablement, c’était une classe modèle et concentrée. Pour veiller à ce que cela continu, installée derrière le bureau situé juste devant le tableau noir qui faisait face aux six rangées de tables disposées selon deux colonnes distinctes, Rinda était aussi immobile qu’une statue de marbre antique. Seuls ses orbes ambrés se mouvaient de gauche à droite pour étudier rapidement les lignes manuscrites d’un lourd volume poussiéreux, que l’on qualifierait volontiers d’antiquité. Toutefois, si son regard déchiffrait les courbes des lettres, son ouïe fine se focalisait essentiellement sur les bruits suspects qui auraient l’audace de troubler la quiétude du lieu. Cependant, rien ne semblait vraiment distraire les élèves de leur principal objectif : à savoir terminer cette interrogation écrite portant sur la vie de Mozart et son œuvre. Ainsi, ils seraient ensuite libre de rejoindre la cour de récréation pour prendre un peu le soleil, du moins pour certains ~.

La belle vampire s’arrangeait toujours pour interroger les élèves de chacune de ses classes au moins toutes les trois semaines, en prenant soin d’alterner chaque semaine, ce qui faisait qu’elle avait toujours deux heures par semaine ou elle pouvait se contenter de bouquiner dans un silence dont elle veillait à ce qu’il reste complet. Cette petite combine lui permettait également de briser un peu la monotonie de ses journées, car il est vrai que depuis qu’elle avait mis les pieds dans cette maudite école, elle avait commencé à s’ennuyer quelques peu. Oh, bien sûr il y avait les élèves, et surtout ses congénères les vampires, qui mettaient un peu de piquant à la vie un peu trop paisible de l’académie. Il y avait également cette histoire d’aïeules gisant depuis plusieurs siècles dans les sous-sols de l’établissement, et dont personne n’était foutu de mettre la main dessus. Pour autant, elle ne voyait pas grand monde chercher activement… A vrai dire, c’était comme si les clans avaient perdu un de leur bouton de chemise ; mais qu’ils ne se minaient pas et se contentait d’en recoudre un nouveau, certes un peu différent, en attendant de tomber sur l’original. Pour sa part, Rinda n’était pas vraiment de ceux qui participaient activement à la fouille. C’est tout bonnement si elle faisait de temps à autres quelques recherches, ne serait-ce que pour satisfaire sa propre curiosité et pour soulager les craintes paranoïaques des vampires suspicieux du clan Aillil ~.

Une fois sa page terminée, elle la tourna afin de passer à la suivante, profitant de ce répit pour jeter un coup d’œil circulaire à la salle. Ses pupilles s’arrêtèrent néanmoins instantanément dans le regard de celui qui l’observait visiblement depuis plusieurs minutes, puisqu’il était dans la même position depuis trois pages tournées déjà. James MacAvoy, élève de troisième année brillant, au physique indéniablement avantageux, et pour ne rien gâcher, ce petit était un être de la nuit lui aussi… Un imperceptible sourire se dessina sur les lèvres charnues de la belle blonde, et elle gratifia le jeune homme d’un regard charmeur qui ne manqua pas de le faire sourire, avant de se replonger dans sa lecture en oubliant presque instantanément le désir qu’elle pouvait bien éprouver pour son élève. A dire vrai, elle lui avait promis que s’il réussissait son examen, elle irait avec grand plaisir se glisser à nouveau dans ses draps… Elle était par conséquent persuadée qu’il avait d’ores et déjà terminé, et qu’il s’était tout particulièrement appliqué à la tâche rien que pour lui plaire.

La sonnerie annonçant la fin du cours retentie dans les couloirs, ramenant la plupart des élèves, ainsi que leur professeur, à la réalité. La Dame se redressa en déclarant qu’il était maintenant temps de poser les stylos et de rendre les copies sans attendre, sans quoi il y’aurait sanction. Les élèves se dépêchèrent de terminer leurs phrases et posèrent leurs plumes avant de commencer à ranger leurs affaires pour quitter la salle de musique. Rinda quitta le confort relatif de sa chaise pour aller s’installer à-demi sur un coin de son bureau, jaugeant les jeunes gens qui venaient y déposer leur feuilles. Au passage de son amant, elle se contenta de sourire, un brin amusé.

- Ça a été, monsieur MacAvoy… ?
- Parfaitement, Miss Delaney…


Murmura-t-il de sa voix grave et suave qui la fit sourire un peu plus tout en acquiesçant simplement. Une fois que le dernier eut déposé son travail, elle se leva et fit le tour du bureau pour se placer devant, tournant le dos à la porte d’entrée de la classe. Appuyant une main sur le bois en chêne massif du bureau, elle fouilla dans le tas de feuilles pour dénicher la copie de James. Il ne lui fallut pas longtemps pour apercevoir son nom en marge de la feuille, aussi examina-t-elle attentivement ce qu’il avait écrit, non sans sourire de prime abord. De par sa position ainsi que son attention offerte uniquement à la feuille de papier, elle n’entendit pas tout de suite les pas d’un homme résonner dans la salle. Elle fut donc surprise d’entendre une voix derrière elle, et d’autant plus surprise que cette voix lui était des plus familières. Ecarquillant les yeux, elle fit vivement volte-face pour affronter ce regard vert émeraude qui lui avait tant manqué depuis maintenant quelques années. Que diable faisait-il ici, au beau milieu de l’Irlande, et surtout en plein centre de sa salle de classe ? Elle fronça sensiblement les sourcils, faisant quelques pas vers lui, puis elle plissa les paupières en le fixant comme pour s’assurer que c’était bel et bien lui.

- Mais je rêve…


Ses bras se croisèrent instantanément sur sa poitrine, la rehaussant sensiblement, alors qu’elle prenait un air des plus sévères à l’encontre de Warren.

- Que diable viens-tu faire ici, cher cousin… ?


Finalement, mais toujours en conservant un visage sérieux voir mécontent, elle recula jusqu’à ce que sa croupe puisse s’appuyer sur le rebord de son bureau ; puis elle n’en bougea plus, comme figée. Son cousin avait un sacré culot de venir jusqu’ici pour la surprendre. D’ailleurs elle ne comprenait absolument pas par quel miracle le Lord avait bien pu décider, de sa propre initiative, de faire un tel voyage. Elle envisagea donc l’éventualité qu’il soit envoyé par quelqu’un… Peut-être Shiki, peut-être l’une de ses idiotes de cousines, et si c’était là le cas, elles ne devaient pas être bien loin également. Un long soupire s’échappa de ses lèvres à cette désagréable idée.


« Même si l’on souhaite tout oublier, il y aura toujours une mélodie qui nous rappellera les souvenirs amers du passé… »

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Warren Delaney


AILLIL ; vampires aidant le clan Aillil.
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Entry date: 15/01/2012

MessageSujet: Re: - Come What May   Lun 12 Mar - 21:45

De ses traits découlait une surprise dont il se délectait intérieurement. En dépit pourtant de la satisfaction qu'il ressentait, l'expression de son faciès ne souffrait d'aucune imperfection et demeurait la même : délicieusement mélancolique et intolérablement insolente. Le monstre se félicitait d'être venu la voir sans l'en avoir informée, ne serait-ce que pour avoir eu le loisir de voir, même l'espace d'une seule et unique seconde, la surprise emprunter les traits de son imperturbable cousine. Tournant le dos à l'entrée jusqu'à son arrivée, elle avait, une fois les salutations prononcées, et pour le moins vivement, exécuté un volte-face jusqu'à croiser ce regard qui la fixait intensément. Bien vite pourtant, la colère semblait s'être substituée à la surprise et les sourcils de la belle ne tardèrent pas à se froncer alors qu'elle s'avançait de quelques pas. Ô non, elle ne rêvait pas. Peut-être aurait-il mieux valu qu'il en soit ainsi, en effet, et pourtant il s'abstint de tout commentaire, jugeant le moment peu opportun et préférant encore se nourrir de la perfection de l'instant. Visiblement, l'indéfectible voile d'incertitude enveloppant son être s'était amplifié au fil des années, à en juger le mal que Rinda semblait avoir à le croire bel et bien là. Les paupières plissées, elle s'obstinait à ne point détourner les yeux et lui, restait immobile, la laissant faire docilement. La certitude ne manqua pas d'intervenir cependant et elle croisa les bras avec ce même air sévère qui ne semblait pouvoir - ou vouloir - se résoudre, pour l'heure, à délaisser son minois.

De nouvelles paroles entraînèrent un nouveau silence et se perdirent inutilement dans l'air. Une fois de plus. Non content de lui faire l'affront de venir là simplement, il se montrait désormais capricieux et estimait jouir du droit de ne point lui répondre. Malgré la relative politesse qu'elle avait bien pu ajouter à sa question, d'ailleurs, et en dépit de toute l'éventuelle bonne volonté qu'il aurait pu mettre à cette recherche, il n'était pas en mesure de voir un semblant de contentement animer sa cousine, et ce, bien malgré ses sens sur-développés. Indéniablement, il n'était pas le bienvenu. Alors c'était parfait, car c'est là ce qu'il avait espéré en franchissant le seuil de cette académie. Ce qu'il venait faire en ces lieux ? Mais il venait lui rendre visite, bien entendu. Il venait voir en quoi sa cousine pouvait bien s'amuser, comme elle le lui avait spécifié dans sa lettre. Il venait entacher ce même amusement, ruiner ses vains efforts et la contraindre à la mélancolie. Après tout, de quel droit pouvait-elle se distraire en son absence ? L'égo du pantin avait pâti de ce courrier. Ainsi son absence ne lui pesait pas. Il ne saurait le tolérer, et si altérer la bien belle réalité que sa cousine s'était construite en venant en ces lieux lui semblait être dans ses cordes, il s'en faisait désormais une obligation, quitte à s'en lier pieds et poings. Rancœur.

    - Il eut suffit d'un bonjour.

Ce fut là la seule réponse, ou tout du moins, remarque, qu'il fut disposé à formuler après avoir laissé un silence certain s'abattre dans la pièce alors que Rinda avait regagné son bureau pour s'y appuyer, un long soupir ayant franchi le seuil de ses lèvres. Un temps immobile, encore, le vampire resta adossé à la porte sans détourner ses yeux de ceux de la belle vampire. Depuis combien de temps déjà, n'avait-il plus eu l'honneur de se perdre dans ces méandres dorés ? Depuis combien d'années dès lors, n'avait-il plus eu le privilège de glisser ses doigts dans ces longues mèches blondes, y entrelaçant ses doigts griffus ? Combien de saisons enfin s'étaient écoulées depuis le jour où, pour la dernière fois, il avait pu sentir sa main frôler sa peau ? Suffisamment longtemps pour oublier. Sur cette pointe de nostalgie, le pantin s'aventura enfin à détourner le regard, parcourant ainsi la salle des yeux. De la sorte, il coula sur le bureau contre lequel était adossée Rinda, un regard outrancièrement neutre, tout comme il observa vaguement le tableau noir en arrière-plan. Revenant plus en avant, les émeraudes du vampire parcoururent les rangées de table jusqu'à se figer sur le piano, Roi majestueux trônant sur son estrade au fond de la pièce. Mécaniquement alors, le corps du monstre s'actionna, et de ses mouvements désarticulés ne ressortait que le bruit des froissements de vêtements.

Foulant le sol en un claquement régulier et troublant ainsi le silence des lieux à chacun de ses pas, le démon s'était faufilé au milieu d'une allée de table, les yeux rivés sur le piano. Lasse, l'une de ses mains trainait nonchalamment derrière lui, laissant le soin à ses doigts de frôler les tables, ses ongles, entaillant le bois frais en de fines ciselures que lui seul, sans doute, pouvait voir. Ainsi, il gravit l'estrade et rejoignit l'imposant instrument aux reflets de jais, s'immobilisant devant lui en détaillant chacune des parties le constituant. Merveille dont sa cousine savait jouer exquisément bien, à en croire ses souvenirs, aussi poussiéreux puissent-ils être. Joyaux qui pourtant, demeurait nonchalamment silencieux. Afin de le sortir de sa torpeur, le vampire leva l'une de ses mains et la fit survoler les touches sans s'aventurer à les actionner. Il lui fallait choisir une tonalité que les ronronnements stomacaux de cette bête d'ébène ne pourraient qu'amplifier. Fallait-il choisir une note aigüe afin d'adoucir la lourdeur de sa venue, donnant ainsi un tant soit peu de gaîté à son arrivée ? Ou devait-il lui préférer une note plus grave afin de conforter son irrécupérable cousine dans ses potentielles craintes naissantes quant à l'inévitable fin des réjouissances passées ? Instinctivement, son annulaire vint s'apposer sur la touche la plus à gauche du clavier et l'ouïe du monstre se délecta alors de l'accord parfait de l'instrument au creux duquel le do résonnait encore.

C'est avec son éternel sourire que le vampire se retourna finalement, délaissant l'instrument pour emprunter la seconde allée, cette fois, se dirigeant d'un pas presque décidé - aussi décidé puisse-t-il être de sa part - vers sa cousine. A sa hauteur alors, il se contenta d'un bref regard, après quoi ses paupières à demi-closes finirent de recouvrir ses iris céladon alors que ses lèvres s'apposaient sur sa joue. Ainsi, comme s'il n'avait pas même pris la peine de s'arrêter à hauteur de la belle, il reprit sa marche et regagna le tableau, en contemplant la bordure après en avoir étudié la noirceur. Devait-il pousser le vice jusqu'à égarer ses griffes contre l'ardoise ? Alors que ses lèvres restaient étirées en un sourire arrogant, il s'abstint néanmoins. Ô certes, elle s'était amusée sans lui, mais l'heure n'était pas à ce point dramatique. Après tout, il n'était pas arrivé alors qu'elle se trouvait dans les bras d'un autre. Le grincement strident serait donc pour plus tard, et la belle pouvait se réjouir de constater que le démon jugeait la situation actuelle comme n'étant point aussi critique que ce qu'elle aurait bien pu être. Ses repères désormais pris, le monstre regagna une table près de l'entrée avant de s'y assoir, collant son dos contre le mur en reportant son regard dans celui de sa cousine, un air impertinent entachant ses traits.

    - Dis-moi tout, Rinda ! Quels amusements puises-tu donc en cette bien belle prison ?

Ainsi, il éludait clairement la question qui lui avait été posée et se permettait, par ailleurs, d'en poser une à son tour. Warren n'était pourtant pas du genre à se formaliser de telles inepties, il prêtait d'ailleurs une attention toute relative à l'éventuelle réponse qu'elle pourrait bien lui apporter, jugeant qu'elle ne lui ferait pas cet honneur. Mais au fond, qu'elle daigne lui répondre ou non ne le tourmentait pas outre mesure. Il s'était déjà fait sa propre idée des amusements auxquels elle avait bien pu s'adonner tout ce temps, alors qu'il moisissait au manoir familial, ne réagissant qu'aux biens rares passages de ses deux autres cousines. Il n'était pas sans la connaître, après tout. Voilà plusieurs siècles déjà qu'il avait le loisir de la voir à l’œuvre. Non, décemment, il n'avait cure de la réponse qu'elle pourrait bien lui apporter, si tant est qu'elle lui en apporte une simplement. L'objet de sa venue, les raisons mêmes de son attitude actuelle, ne nourrissaient qu'un seul objectif. En la provoquant de par ce sourire, de par sa seule présence, Warren ne désirait qu'une chose : la mettre hors d'elle, comme il le faisait si souvent autrefois, que ce soit volontairement ou non. C'était là le cadeau qu'il lui faisait après toutes ces années sans l'avoir revu. L'exaspération. Telle était la clé.

    ' On dit de l'amertume qu'elle finit par tuer, mais... Qu'ai-je donc à craindre, moi qui suis déjà mort ? '
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